26 juillet 2008

Divagations

Je ne me souviens jamais de mes rêves. Je suis obligée de les inventer, en pleine journée. Je les consigne un à un dans un cahier en paressant à l'ombre du cerisier.

Existe-t-il des livres dont le papier soit tiré du bois de cerisier ?

Le livre que j'écrirais n'en vaudrait pas la peine. À la racine des choses s'épanouirait une secrète souffrance qui s'appliquerait à ne pas contaminer l'arbre tout entier.

J'écrirais les saisons, printemps, été si vite envolés, automne, hiver parfois redoutés.

J'écrirais la branche cassée au plus fort de la tempête et les rejets un an après.

J'écrirais les parasites et les symbiotes chéris.

J'écrirais la force du tronc et la sève nourricière se hissant de branches en branches jusqu'aux plus faibles d'entre elles. Le bourgeon prêt à éclore et la rondeur de la cerise dont la rougeur suscite gourmandise. L'écorce protectrice dont il faut se défaire pour enfin respirer.

J'écrirais les petits mots gravés, ironie partagée entre toujours et jamais. Le bruit du vent dans les feuilles et pourquoi s'en méfier.

J'écrirais le bruit sec de la hache qui n'attendait que cela. Me voir tomber.

 

(26 novembre 2000)

 

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